24 Heures du Mans 2009

Lundi 13 avril, fin de soirée, le camion chargé, je pris le départ direction Le mans, pour ma première course de la saison.
Une course de 24 heures que j’effectue pour la première année aux côtés de David Fouloi et de mon ami et coéquipier en CFE, David Emmonet, désireux d’engager aux 24 H et au Bol une R1 2009 en catégorie Superstock sous le numéro 141.
C’est une épreuve que je connais bien aujourd’hui, qui nécessite une excellente condition physique et mentale, surtout que les conditions météo sont rarement favorables en cette période, mais c’est néanmoins avec toujours la même impatience, une impatience grandissante, que j’attendais ce départ de saison marqué par le lancement de ces légendaires 24 heures moto, sur cet exceptionnel circuit Bugatti…

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Un mélange d’appréhension et d’excitation était donc venu m’envahir…
Car de l’excitation, qui n’en aurait pas, une course aussi mythique sur un circuit que j’affectionne tant, et puis un nouveau challenge avec ce nouveau team qui participe pour la première année à une épreuve d’envergure internationale…
Mais tout de même quelques appréhensions, car malgré nos essais antérieurs plutôt encourageants, notre dernier passage au banc nous annonçait 8 cv de moins que le modèle de l’année précédente, un châssis plus efficace certes, mais un moteur avec nettement moins d’allonge, de quoi laisser persister quelques inquiétudes quant au bon déroulement de la course.

Dés mardi nous nous sommes consacrés au réglage de la machine et au choix des pneumatiques car, le choix n’ayant pas été validé auparavant, nous comptions sur les quelques séances d’essais libres restantes pour prendre une décision définitive en ce qui concernait notre partenaire manufacturier, et ce ne fut pas chose facile. Les essais chez Michelin et Pirelli n’ayant pas été concluants, c’est finalement avec Dunlop que nous nous engagions dans cette course effrénée vers un podium inespéré, mais un défi auquel s’accrocher qui nous donnait cette rage de vouloir toujours nous dépasser.

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Ainsi commença une interminable quête vers la performance et c’est sans lésiner sur notre acharnement que chacun se remit à la tâche avec, comme unique objectif, celui de parfaire au mieux et cela malgré les nombreuses difficultés rencontrées.

Néanmoins, dès les premiers essais du jeudi précédant la première séance qualificative, les inquiétudes que nous avions concernant le châssis de la moto se renforcèrent, car il était impossible malgré tous nos efforts réunis de trouver de bons réglages adaptés.
Nous possédions une moto physique, avec aucun grip ; j’avais sans cesse cette impression de rouler avec un pneu crevé à l’arrière et chaque virage était devenu un supplice tellement nous peinions à la faire tourner.
Des bras tétanisés, un mal de genoux indescriptible et une fatigue générale liée au déploiement d’énergie nécessaire à son pilotage allaient m’accompagner dans chacun des tours que j’aurais à effectuer  au guidon de ce bolide indomptable pour l’occasion…
De quoi hurler de rage, quand on pense que tous les essais réalisés au préalable s’étaient parfaitement déroulés, mais ce sont les aléas de la course et, malgré notre persévérance, il fallait se rendre à l’évidence, un possible résultat tiendrait du miracle…
C’est donc un suicidaire 1’42'’20’’’ que je signai lors de cette première séance qualificative ; mes coéquipiers quant à eux clôturèrent cette séance sur un 1’43’’80’’’ et 1’44’’50’’’.
La deuxième séance qualificative du vendredi ne fut, elle aussi, pas à la hauteur de mes espérances et, malgré les nombreuses tentatives mises en place par notre équipe de mécanos pour améliorer nos conditions de roulage, rien n’avait réellement évolué.
Je pris donc le départ de cette nouvelle séance en espérant atteindre tout de même un de mes chronos habituels d’ 1’40’’ sur ce circuit que j’affectionne tant et c’est la rage au ventre que je m’élançai pour un tour suicide en 1’42’’00’’’. David Emonet améliora avec un 1’43’’33’’’ quant à David Fouloi il signa un 1’43’’35’’’.

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Nous avions donné notre maximum, mais la moto aussi, et c’est résignés que nous nous engagions sur ces effrénés 24 h, conscients de la difficulté qui allait nous accompagner.
Malgré cela, l’expérience me rappelait que les courses d’endurance sont des épreuves remplies de faits de course et que rien ne peut être prédit à l’avance ; c’est ce qui fait d’ailleurs l’intérêt de ce championnat, permettant ainsi à des équipes un peu moins rapides de battre d’autres équipages sur la régularité, sur la perfection des ravitaillements…
Aujourd’hui, nous comptions là dessus et nous savions donc que nous n’aurions pas droit à la chute.
Samedi 15 h, départ de la course, David Emonet s’élança me ramenant à la fin de son relais la moto en 29ème position, changeant ainsi notre stratégie de course.
En effet, nous comptions sur notre régularité et ainsi nous assurer une place sur le podium, mais à cette position, plus rien n’était à espérer, beaucoup trop d’équipages nous avaient devancés. Il nous faudrait donc attaquer et augmenter le rythme.
Je pris mon relais le couteau entre les dents et rendis la moto à mon coéquipier en 19ème position.
J’avais donc gagné 10 places, mais la fatigue se faisait déjà ressentir. La moto ne nous épargnait rien et chaque tour de circuit était un véritable supplice.
Néanmoins il fallait tout donner si nous voulions espérer un résultat et nous en étions conscients.
David Fouloi prit à son tour le départ, mais la météo commençait à changer. Le ciel était menaçant et nous attendions la pluie d’un instant à l’autre. Il put néanmoins finir son relais, mais c’est sous la pluie et en pneu pluie que David Emonet prit la relève.
Vers la fin de son relais la pluie avait cessé rendant la trajectoire quasiment sèche. Mon relais serait décisif. Il fallait prendre la décision de repartir en pluie, plus sûr en début de relais, mais ce qui impliquait de faire une rentrée au stand supplémentaire pour passer en slic dès que la piste serait complètement sèche, ou partir directement en slic pour gagner du temps et éviter une rentrée au stand inutile augmentant par contre les risques liés aux conditions de piste.

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Je pris la décision de repartir en slic, hors de question de laisser passer la seule chance que nous avions d’atteindre ce podium, même si nous savions que cela était risqué.
Mais c’est le jeu, le risque fait partie de la course, et sans prise de risque, la course n’a plus d’intérêt, surtout si l’on vise une victoire…
Alors voilà, je découvris une piste piégeuse, sèche et humide par intermittence, nécessitant une réelle concentration et c’est un pilotage coulé que j’adoptais pour éviter toute erreur. Par chance je sortis des stands en même temps que le CERT, et c’est dans sa roue que je fis mon relais ; faisant claquer tour sur tour des chronos dignes des motos officielles. Je pris enfin plaisir et retrouvai toutes ces sensations dont je suis si féru aujourd’hui…
19 h 45, la nuit commençait à tomber et les zones d’ombres se faisaient de plus en plus nombreuses, rendant la piste vraiment dangereuse.
En effet, sur chaque tour réalisé il y avait des chutes ; elles étaient même de plus en plus fréquentes, mais je ne pouvais me permettre de ralentir le rythme, n’ayant comme seul objectif : un podium à l’arrivée.

A 10 tours de la fin de mon relais, suite à une porte que me referma un attardé que je voulais passer, je me trouvai sorti de la trajectoire et me fit éjecter sur une tache d’humidité. “L’arrière décrocha violemment sur la pleine charge à la sortie du chemin aux bœufs, je ne l’ai pas senti arrivé…“ c’est un choc violent qui s’ensuivit et il me fallut plusieurs minutes pour retrouver mes esprits. Mon bassin me faisait souffrir énormément, j’avais une commotion cervicale et un trou noir de la chute ; mais malgré la douleur qui me rongeait je ramenai la moto à mes coéquipiers.

Ils continuèrent un ou deux relais, mais des problèmes de surchauffe moteur les contraignirent par la suite à abandonner.

Pour moi la course était finie et c’est à l’hôpital que j’achevais ces « mémorables » 24h.
Un contrôle de routine puisque rien de grave ne fut à signaler, mais deux bonnes semaines de repos.

Pas de regrets à avoir, nous étions là pour chercher un podium, et oui il est révolu le temps où la principale satisfaction était simplement de finir la course…
En effet, quand on connaît les sensations que procure une victoire, et qu’on sait que celle ci est impossible, le seul intérêt est de tout mettre en œuvre pour y arriver…

Remerciements :

Je tenais à remercier un certain nombre de personnes pour leur compétence, leur présence et leur soutien tout au long de ce week- end et qui ont su transformer ces moments difficiles et éprouvants en souvenirs mémorables…

Tout d’abord je remercie toute l’équipe et plus particulièrement mes amis David Emonet et Alexandre Gibet pour leur compréhension et leur amitié à mon égard, mille merci à toute l’équipe de Shoei pour sa compétence, à Martin de l’ACO  pour sa présence, ses attentions, son professionnalisme et d’avoir su être plus que présent pour mes proches (stef t’en est infiniment reconnaissante), à mes partenaires et amis d’avoir su prendre le temps de me soutenir, de m’encourager à passer cette épreuve (merci Dom, Denis, Phiphi, Bernard et pleins d’autres…) et un énorme merci à ma famille qui à su être là à chaque instant et prendre soin de moi en toutes circonstances .




  Commentaires (2)
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 29-05-2009 21:04
malgré toutes les péripéties...et une béquille avant sûrement peu fonctionnelle pour les relais, les coloris et designs de la moto sont très beaux....
Ecrit par Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir , le 29-05-2009 21:06
.... et euhhh, la déco de box aussi!!!!j'avais oublié de signaler....

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